
Le cancer de la prostate est le premier cancer chez l’homme, avec environ 50 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année en France. Lorsqu’un père, un frère, un oncle ou un autre proche a été touché, la même question revient souvent : y a-t-il un gène du cancer de la prostate ?
La réponse est nuancée. Oui, il existe des prédispositions génétiques identifiées. Non, le simple fait d’avoir un cas de cancer de la prostate dans la famille ne signifie pas automatiquement que l’on est soi-même porteur d’un risque héréditaire important.
L’enjeu est donc de bien distinguer les situations banales des situations qui doivent faire évoquer une hérédité familiale et justifier une évaluation spécialisée.
Le cancer de la prostate peut-il être génétique ?
Oui, dans certains cas. Parmi les facteurs de risque du cancer prostatique, il existe bien un facteur de risque héréditaire.
À ce jour, deux gènes sont particulièrement identifiés dans cette prédisposition :
- BRCA2
- HOXB13
Ces noms peuvent paraître techniques, mais ils sont importants car leur présence est associée à des cancers de la prostate :
- plus fréquents,
- plus précoces,
- plus agressifs.
Autrement dit, lorsqu’une véritable prédisposition génétique existe, elle ne change pas seulement la probabilité de développer un cancer. Elle peut aussi influencer l’âge auquel il apparaît et son comportement.
Avoir un proche atteint ne veut pas dire être forcément à risque génétique
C’est un point essentiel. Beaucoup d’hommes s’inquiètent dès qu’un membre de la famille a eu un cancer de la prostate. Cette inquiétude est compréhensible, mais il faut éviter les raccourcis.
Un cas isolé dans la famille ne suffit pas, à lui seul, à conclure à une prédisposition génétique.
Pour suspecter un terrain héréditaire, on s’appuie sur des critères familiaux précis. Ce sont eux qui orientent vers une consultation d’oncogénétique.
Quels antécédents familiaux doivent faire évoquer une prédisposition génétique ?
Les situations les plus évocatrices sont les suivantes :
- 3 cas de cancer de la prostate dans la famille,
- ou 2 cas de cancer de la prostate avant l’âge de 55 ans.
Ces cas doivent concerner des apparentés dits :
- du 1er degré : père, frère, fils,
- ou du 2e degré : par exemple oncle, neveu.
L’idée n’est donc pas seulement de compter les cas, mais aussi de regarder l’âge au diagnostic et le degré de parenté.
Il faut aussi regarder du côté maternel
Quand on parle de cancer de la prostate, beaucoup pensent spontanément à la lignée paternelle. C’est une erreur fréquente.
L’hérédité maternelle compte aussi. Certaines histoires familiales du côté de la mère peuvent orienter vers une prédisposition génétique associée au risque prostatique.
Il faut notamment prêter attention à :
- un cancer du sein chez l’homme, qui est suffisamment rare pour être considéré comme un signal d’alerte,
- un cancer du sein avant 40 ans,
- un cancer du sein bilatéral, quel que soit l’âge,
- un cancer de l’ovaire.
Ces antécédents, du côté maternel comme du côté paternel, peuvent faire partie d’un contexte familial compatible avec une anomalie génétique, notamment autour du gène BRCA2.
Que faire si vous pensez avoir un risque héréditaire ?
La première étape n’est pas de demander un test au hasard. La bonne démarche est de consulter un oncogénéticien.
Son rôle est essentiel. C’est lui qui va :
- analyser votre histoire familiale,
- déterminer si une exploration génétique est justifiée,
- préciser comment cette recherche doit être réalisée,
- organiser la prise en charge adaptée.
Autrement dit, on ne recherche pas une mutation génétique de manière systématique chez tout le monde. On la recherche dans des situations ciblées, lorsque l’histoire personnelle et familiale le justifie réellement.
Que se passe-t-il si un gène à risque est identifié ?
Lorsqu’un gène à risque est confirmé, cela ne signifie pas qu’un cancer est déjà présent. En revanche, cela conduit à mettre en place un dépistage spécifique, plus précoce et plus encadré.
Les modalités évoquées sont les suivantes :
- un début de dépistage plus jeune, vers 45 ans, voire 40 ans,
- un suivi régulier tous les 2 à 4 ans.
Le dépistage reste fondé sur des outils classiques :
- l’examen clinique,
- le dosage du PSA,
- et, au moindre doute, une IRM prostatique.
L’objectif est simple : détecter plus tôt les formes potentiellement significatives de la maladie, surtout dans les familles où le risque est plus élevé et où les cancers peuvent être plus agressifs.
Pourquoi ce dépistage précoce est important
Lorsque le risque génétique est réel, attendre les mêmes délais que dans la population générale n’est pas toujours adapté. Le fait de commencer plus tôt permet d’être plus vigilant au moment où la maladie est susceptible d’apparaître.
Ce point est particulièrement important parce que les cancers associés à certains gènes de prédisposition peuvent être :
- diagnostiqués plus jeunes,
- et avoir un profil plus agressif.
Identifier une prédisposition génétique n’est donc pas une fatalité. C’est au contraire une information utile, qui permet d’adapter la surveillance et d’augmenter les chances d’une prise en charge précoce.
Les points à retenir
- Il existe bien des formes héréditaires du cancer de la prostate.
- Les deux gènes principalement identifiés sont BRCA2 et HOXB13.
- Ces gènes sont associés à des cancers plus fréquents, plus précoces et plus agressifs.
- Un simple cas isolé dans la famille ne suffit pas à conclure à une prédisposition génétique.
- Les situations évocatrices reposent sur un nombre de cas, leur âge de survenue et le degré de parenté.
- Il faut penser aussi au côté maternel, en particulier en cas de cancers du sein ou de l’ovaire.
- En cas de doute, la bonne démarche est une consultation d’oncogénétique.
- Si un gène à risque est retrouvé, un dépistage plus précoce est mis en place, avec examen clinique, PSA et IRM prostatique si nécessaire.
Quand faut-il consulter ?
Il est raisonnable d’en parler avec un spécialiste si vous vous reconnaissez dans l’une de ces situations :
- plusieurs cas de cancer de la prostate dans votre famille,
- des cas diagnostiqués jeunes, avant 55 ans,
- un antécédent de cancer du sein chez l’homme,
- des cancers du sein précoces, bilatéraux, ou un cancer de l’ovaire du côté maternel ou paternel.
Le but n’est pas de s’alarmer inutilement, mais d’identifier les situations où une évaluation génétique peut réellement changer la stratégie de dépistage.
Conclusion
La question du gène du cancer de la prostate mérite une réponse claire : oui, certaines formes sont liées à une prédisposition génétique, mais toutes les histoires familiales ne relèvent pas d’un risque héréditaire majeur.
Ce qui compte, c’est de repérer les bons signaux : répétition des cas dans la famille, survenue précoce, cancers associés comme le sein ou l’ovaire, y compris du côté maternel.
Quand ces éléments sont présents, une consultation d’oncogénétique permet de faire le tri, d’évaluer précisément le risque et, si besoin, d’organiser un dépistage du cancer de la prostate plus précoce et mieux adapté.
En matière de cancer prostatique, comprendre son histoire familiale, c’est déjà faire de la prévention de façon intelligente.